Interventions Bénédicte Monville-De Cecco

#CIN Une vision technocratique et libérale de l’aménagement du territoire #CAMVS @villeMelun

Un Contrat d’Intérêt National qui pêche par UNE VISION TECHNOCRATIQUE ET LIBÉRALE de l’aménagement du territoire.

Hier, la Communauté d’Agglomération Melun-Val de Seine (Agglo Mvs#CAMVS) a adopté son Contrat d’Intérêt National (#CIN), un dispositif récent qui permet la signature d’un pacte entre l’Etat, la Région, le Département et la Communauté d’Agglomération en vue de financer de manière concertée les politiques de développement que la Communauté d’agglomération a définies pour elle-même.

Ce Contrat d’Interêt National (CIN) pêche par une vision technocratique et libérale de l’aménagement du territoire. On nous y parle de compétitivité des territoires, croissance, construction métropolitaine quand il y a urgence à penser et à parler en terme de résilience, emploi pour tou.te.s, souveraineté alimentaire, nourriture saine, air respirable, qualité de vie. Dans ses diagnostiques ce Contrat d’Intérêt National (CIN) souligne que la majeur partie des activités de notre territoire sont des activités de service et qu’elle ne profitent que partiellement aux actifs de notre territoire qui affiche un fort taux de chômage et un faible revenu moyen par habitant. On s’étonne alors de voir qu’une part importante de l’argent, 40 millions sur les 55,5 millions consacrés au développement économique, est concentrée sur le pôle aéronautique de Villaroche. Le choix d’un soutien au développement de filières industrielles sur notre territoire n’est pas en soi négatif, sinon qu’une part des activités de la Snecma-Safran est située dans l’aéronautique militaire. Autrement dit, la croissance d’une partie des activités de ce groupe est liée à la dramatique croissance des guerres dans notre monde. Mais si nous partageons l’idée d’un soutien local au développement de l’industrie nous déplorons que ce soutien appuyé à l’aéronautique se fasse au détriment de l’agriculture et de la promotion d’une autre filière d’activités industrielles, les énergies renouvelables. En effet, agriculture et politique énergétique se partagent deux maigres millions d’euros alors même que leur potentiel en terme de création d’emplois est énorme sur notre territoire. Ce n’est absolument pas à la hauteur des enjeux : résorption du chômage de masse, lutte contre la pollution de notre nourriture et de notre air, et contre le dérèglement climatique et ses conséquences dramatiques. De plus, quand on lit que potentiellement le développement du pôle aéronautique de Villaroche pourrait entrainer l’artificialisation de 700 hectare de terres agricoles, il y a de quoi être très inquiet.

De la même manière, les priorités en termes de « maîtrise des déplacements » affichent des objectifs que les crédits octroyés contredisent. Hors TZen, dont nous avons plusieurs fois dit que nous considérions qu’il était un équipement bien trop cher pour le service rendu (nous réaffirmons ici que nous sommes évidemment favorables au déploiement de bus en sites propres). Le CIN consacre 20 Millions d’euros à la réalisation d’un pont amont sur la Seine et moitié moins en faveur d’actions qui favoriseront le report modal vers les transports en commun et les mobilités actives. Or, notre territoire qui se situe au carrefour des grands axes d’échanges souffre déjà d’une présence asphyxiante des modes de transport routier. Rappelons que, lors des pics de pollution des mois de novembre et décembre 2016 et janvier 2017, la borne d’enregistrement de la pollution de l’air située avenue Thiers à Melun a enregistré les taux de pollution aux particules fines les plus forts de toute l’Île de France. Le pont supplémentaire provoquera le report d’une partie du traffic routier et, dans un premier temps, du fait de sa répartition, le sentiment d’une amélioration. Mais sans une politique de dissuasion efficace contre l’usage de la voiture individuelle quand elle n’est pas nécessaire et le transit des camions, quand ils n’ont pas de raison de traverser notre agglomération, toutes les expériences montrent que, du fait même de l’amélioration de ses conditions, le traffic augmentera inexorablement jusqu’à provoquer (en moyenne en cinq ans selon les études) les mêmes nuisances et désagréments qu’avant. A ceci près que le traffic global dans l’agglomération aura du coup fortement augmenté. Là encore on passe en grande partie à côté des enjeux et on ne fait pas ce qu’il faudrait faire.

Pour ce qui concerne le tourisme, là encore la vision déployée par le CIN est étroite et ce, alors même que le président Vogel en a fait une de ses priorités. Il se concentre sur le Château de Vaux-Le-Vicomte pour lequel il demande le classement de Maincy en qualité de « Grand Site » et prévoit d’en améliorer la desserte. En tout, ce sont 3 millions de financement public qui seront consacrés au château sans qu’aucune contrepartie ne soit demandée au propriétaire de ce château privé dont l’accès reste extrêmement cher et hors de la portée de nombreux habitant.e.s de notre communauté d’agglomération. C’est 1 million de plus que ce que le CIN prévoit de consacrer à l’agriculture et aux énergies renouvelables combinées ! En outre, ce volet tourisme ne prévoit rien quant à la promotion de l’éco-tourisme alors même que la présence d’un grand fleuve, de plusieurs rivières, de bois, de la forêt, sur le territoire de l’agglomération représente un atout extraordinaire dans une région soumise à une urbanisation galopante et où des plus en plus d’individus souffrent du manque d’espaces verts.

Enfin et pour terminer, cette vision technocratique et libérale est particulièrement bien illustrée par la terminologie employée pour parler du futur hôpital de Melun. On parle de « Santé-pôle » comme on parle de pôle-aéronotique, comme si les mots n’avaient plus aucun sens. Pourtant l’abandon du mot hôpital dont l’étymologie renvoie à hospitalité est significative d’une volonté de transformer la santé en une marchandise, que certain.e.s pourront s’offrir et d’autres non. Cette vision libérale de la santé nie toute notre histoire où l’hôpital était depuis le moyen âge « un établissement charitable hospitalier où on recevait les gens sans ressources pour les entretenir et les soigner », c’est-à-dire l’expression de notre solidarité et de notre fraternité, de ce que notre société a généré de meilleure et auquel malheureusement notre communauté d’agglomération tourne le dos.

Bénédicte Monville-De Cecco, conseillère communautaire

Radio : A MELUN, LE CHANGEMENT DE MAIRE « NE CHANGE PAS GRAND CHOSE »

Depuis près de 2 semaines, Melun est dirigé par un nouveau maire. Le 7 avril dernier, Louis Vogel prenait la place de Gérard Millet dont il était le premier adjoint. Une succession annoncée dés 2014 par les deux élus Les Républicains. Une page s’est donc tournée après les 14 ans de Gérard Millet à la tête de la ville, même si celui-ci est du coup devenu 1er adjoint. L’opposition elle se montre sceptique, en particulier l’écologiste Bénédicte Monville de Cecco qui ne voit pas vraiment de changement dans cette passation de pouvoirs.

Bénédicte Monville de Cecco interrogée par Brice Charrier.

http://www.radiorezo.fr/podcasts/a-melun%2C-le-changement-de-maire-%22ne-change-pas-grand-chose%22-468

Lycées : Mme Pécresse promeut une politique rétrograde et inégalitaire

Mme la Présidente, nous jugeons les politiques sur leurs actes et vos discours ne pourront pas éternellement cacher la réalité de votre politique. Vous prétendez augmenter le budget d’investissement pour les lycées de 5,5% par rapport à la prévision d’exécution 2015. Mais si nous comparons ce qui est comparable, le budget que vous proposez baisse de 8%.

Vous annoncez fonder votre budget sur la conviction que le lycée doit devenir le lieu de « la promotion sociale, de l’ambition et de la réussite ». Or, Mme la Présidente, votre conception de la promotion sociale ne semble adossée à aucune vision de l’égalité. En effet, il semble que vous ayez décidé de régler les problèmes des lycées publics en augmentant considérablement l’aide régionale aux lycées privés. Allez comprendre !

Ainsi, vous étendez l’aide régionale à la demi pension aux demi-pensionnaires des 193 lycées privés – c’était une demande des lycées privés, vous l’avez satisfaite – et, à compter de la rentrée 2016, vous accorderez aux lycées privés une dotation similaire à celle que la région accorde aux lycées publics pour la gratuité des manuels scolaires. A y regarder de plus près, l’enveloppe pour la gratuité des manuels scolaires va être amputée de quasiment 1M d’€ et c’est cette enveloppe diminuée de 15% que les élèves des lycées publics et privés devront se partager.

Si l’école est libre en France et que chacun peut faire le choix d’inscrire son enfant dans une école privée, la Région n’a pas à aider, plus qu’elle ne le fait déjà, au financement de choix particuliers. C’est aux institutions privées, si elles le souhaitent, de faire en sorte que leurs établissements soient accessibles à toutes les familles. Votre politique, en siphonnant les budgets des lycées publics au profit du privé, contribuera à la dégradation du service public de l’éducation et encouragera les familles à faire le choix du privé afin d’éviter des lycées publics qui n’ont plus la capacité de mener à bien leurs missions éducatives. Mme la Présidente, vous avez décidément une drôle de conception de la promotion sociale.

Vous prétendez également mettre en oeuvre des politiques en faveur de la sécurité. Cependant, Mme la Présidente, vous amputez l’argent alloué à la prévention et à la lutte contre les violences scolaires. Votre vision de la sécurité est exclusivement répressive et alors même que toutes les études montrent la faillite de l’approche sécuritaire, c’est celle que vous choisissez. En effet, vous préférez dépenser l’argent des contribuables de notre région dans des équipements de « sécurité » très chers, qui auront pour principal mérite de garantir une rente confortable aux entreprises qui les commercialisent, plutôt que dans le soutien à des programmes d’éducation et de prévention de la violence qui coûtent beaucoup moins cher pour une efficacité nettement supérieure.

Aujourd’hui où les lycéennes et les lycéens sont tous les jours confrontés à la complexité et à la violence sidérante d’évènements proches et lointains qui les font s’interroger sur le sens du monde dans lequel nous vivons, vous diminuez de près de 40% le budget consacré aux actions pour la citoyenneté, la participation lycéenne et la lutte contre les discriminations. Ces choix, Mme la Présidente, sont irresponsables. Car, l’apprentissage de la citoyenneté commence avec l’expérience d’une participation active à la vie lycéenne. Tout comme l’éducation à la démocratie passe par l’appréciation des différences comme d’une inépuisable source d’enrichissement réciproque, la conscience qu’aucun être humain ne peut jamais être réduit au pire de lui-même et que les manichéismes constituent le substrat de toutes les violences. A l’heure où les discours médiatiques et politiques ignorent la labilité des identités et réifient des identités ethniques et culturelles qu’ils contribuent à façonner, le soutien régional à des programmes de lutte contre les discriminations apparaît pourtant plus que jamais nécessaire.

Mme la Présidente, vous annoncez poursuivre une politique de maîtrise de l’énergie mais diminuez de 54% le budget consacré à la rénovation des lycées publics et, d’une manière générale, aux travaux de réparation et de maintenance. Et la baisse porte plus spécifiquement sur la rénovation thermique et l’efficacité énergétique qui perdent 80% de leur budget pour les lycées publics et 90% pour les cités mixtes régionales. Or trop d’établissements sont encore de véritables passoires thermiques. Ce qui coûte très cher à la région et contribue à l’émission de gaz à effet de serre. En réalité, vos priorités réelles n’ont strictement rien à voir avec le discours que vous pouvez soutenir. Mme la présidente, vous n’avez cure de l’urgence écologique et semblez n’avoir aucune conscience de la promesse funeste du dérèglement climatique. Vous ignorez complètement les liens de causes à effets entre dérèglement climatique, guerres et crise migratoire. C’est sans doute ce qui vous permet d’affliger davantage encore les migrantEs qui arrivent dans notre région en les privant du peu d’aide qu’ils-elles recevaient. Votre budget nie la responsabilité que nous avons, nous pays engagés depuis deux siècles sur la voie d’un productivisme dangereux, dans le dérèglement climatique et notre plus grande obligation à diminuer drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre. Mme la présidente, en plus d’obérez la possibilité pour notre région de réaliser à termes des économies de fonctionnement, vous faites preuve d’irresponsabilité environnementale.

Vous réduisez à peau de chagrin, moins 66% du montant global des budgets participatifs des lycées consacrés à la rénovation thermique et aux économies d’énergie. J’ai déjà eu l’occasion de vous le dire non seulement vous nous privez d’argent dans la lutte contre le dérèglement climatique mais votre politique est adossée à une vision infantilisante des lycéenNEs que vous refusez de voir comme des partenaires responsables parfaitement capables de gérer de la meilleure des façons les budgets participatifs dont ils-elles avaient la charge. Décidément, Mme La Présidente, vous êtes de droite, une droite rétrograde qui nie la vérité du dérèglement climatique et de ses conséquences,  une droite conservatrice qui refuse d’affranchir là où c’est possible nos lycéenNEs de l’autorité d’unE proviseurE et de son administration.

Enfin, vous rognez le budget consacré à l’introduction d’aliments biologiques dans notre région et continuez d’ignorer que les modes intensifs et industriels de production de notre alimentation exposent tous les jours nos enfants à des substances cancérigènes certaines ou probables. C’est un scandale sanitaire dont nous n’avons pas fini de mesurer les conséquences en termes de santé publique. Et, pourtant, Mme la présidente il semble que cela vous soit indifférent.

Avec mon groupe EELV-A, nous vous avons proposé une série d’amendements gagés qui auraient permis de revenir à une politique budgétaire responsable qui réponde aux vrais dangers auxquels sont confrontéEs nos lycéenNEs : l’inégalité, les discriminations, l’intolérance, le manichéisme, le dérèglement climatique, la mal-bouffe. Malheureusement, vous avez préféré diminuer le budget des lycées publics pour abonder les caisses des lycées privés, ignorer la réalité des effets catastrophiques du dérèglement climatique et notre responsabilité particulière et ne pas considérer les risques sanitaires liés à l’absorption quotidienne de substances cancérigènes. Vos choix budgétaires, Mme la Présidente, constitue une bien mauvaise augure.

Discours candidature B Monville-De Cecco à la mairie de Melun, le 7/04/2016

Ce discours a été prononcé à l’occasion de la démission du maire de Melun M. Gérard Millet lors du conseil municipal du jeudi 7 avril. 

Chers collègues, conseillères et conseillers municipaux.

J’ai l’honneur de me présenter devant vous à la candidature de maire de notre ville. Nous restons convaincus que le projet de la liste écologiste et citoyenne Bien Vivre A Melun que nous avons porté en 2014 est le seul capable de répondre aux nombreuses attentes de nos concitoyenNEs et aux enjeux que doit affronter notre ville.

Depuis plusieurs mois maintenant que notre conseil municipal siège et délibère sur les affaires de notre ville M Claude Bourquard et moi-même, souvent soutenus par l’ensemble de l’opposition, avons, avec un réel sens des responsabilités, présenté plusieurs voeux, défendus plusieurs amendements, portés d’innombrables arguments au débat pour essayer d’infléchir la politique dessinée par la majorité.

Malheureusement nous n’avons pas réussi à modifier l’orientation fondamentalement néolibérale et conservatrice de la politique menée. Cette politique idéologique est un échec et force est de constater que l’administration communale de droite depuis des dizaines d’années n’a pas réussi à préserver les citoyenNEs melunaisES des effets catastrophiques de la récession économique et des politiques de rigueur.

Et pourtant il est parfaitement possible de faire autrement et le projet que nous portons en constitue la preuve irréfutable.

Il est urgent de redonner du dynamisme économique à notre ville et dans une situation contrainte budgétairement cela ne peut passer que par l’inventivité et l’innovation. Nous développerons plusieurs projets qui en plus d’améliorer la qualité de vie des melunaises et des melunais augmenteront nos ressources et par voie de conséquence nos capacités d’investissement. Des choix qui, pour les grands projets structurants, nous amèneront à consulter les habitantEs de notre ville. Parce que nous croyons en l’intelligence collective et en la force d’une ville qui s’appuie sur une démocratie locale vivante. L’affectation de nos moyens financiers sera proportionnée à leur impact réel sur la qualité de vie des habitantEs.

Alors, plutôt que de vendre le moindre cm2 d’espace disponible dans notre ville à des promoteurs immobiliers afin de renflouer des caisses vidées par une gestion périlleuse dans une espèce de fuite en avant qui s’apparente à vouloir remplir le tonneau des danaïdes, nous développerons l’agriculture urbaine et de proximité. Nous encouragerons partout où c’est possible l’installation de jeunes agriculteurs et le développement d’AMAP. Nous leur garantirons des débouchés dans nos restaurants scolaires en reprenant leur gestion en régie publique. En contrepartie, ces activités nouvelles augmenteront l’assiette fiscale de notre ville, garantiront aux enfants de la ville une alimentation de qualité sans chimie et permettra à de nombreux melunaisES d’avoir accès à des fruits et des légumes biologiques à des prix raisonnables.

La ville que nous voulons est une ville innovante où les déchets seraient transformés en ressources à l’instar de ce qui se fait déjà dans plusieurs villes d’Europe et des Etats-Unis. Nous mettrons en place un plan zéro-déchets susceptible, si on en croit ce qui se passe ailleurs, de créer plusieurs dizaines d’emplois, des revenus nouveaux pour notre ville et nous favoriserons l’implantation d’entreprises innovantes comme la fabrication de bioplastique qui nécessite d’avoir accès à des biodéchets compostables.

Nous investirons dans la rénovation thermique du patrimoine immobilier de notre ville afin de créer des opportunités nouvelles pour les entrepreneurs du bâtiment tout en nous permettant à terme de dégager d’importantes économies de fonctionnement qui pourraient être réinvesties ailleurs.

Nous nous attaquerons au fléau que représente l’augmentation constante de la circulation automobile. Un fléau pour notre santé à touTEs et qui rend la ville dangereuse en particulier pour nos jeunes, nos personnes âgées et nos concitoyenNEs handicapéEs. Rien ne coûte moins cher à une ville que de développer un réseau cyclable et des espaces dédiés à la marche à pied qui changent du tout au tout son atmosphère. Aujourd’hui, dans de nombreuses villes d’Europe 30% des déplacements se font en vélo, l’encouragement à la marche et la construction de voies réservées pour les bus afin d’encourager les déplacements en transport en commun viendront compléter le dispositif. Tout le monde s’accorde à dire que non seulement nous vivons mieux dans des villes qui mettent en place une vraie politique favorable aux mobilités douces mais nous sommes en meilleure santé et les rapports sociaux sont vivifiés.

Le Melun que nous voulons ne bradera pas sa place Praslin à une multinationale vendeuse de places de parking ou à des promoteurs immobiliers. Au contraire nous en ferons un des centres névralgiques de la ville une belle place publique ouverte sur les bords de Seine, bordée de cafés, de commerces de proximité, une place accueillante pour les étudiantEs de l’université qui sont déjà là et celles et ceux que nous nous apprêtons à recevoir. Une place où les melunaisES pourraient flâner, se croiser, parler, les enfants jouer, bref une place où nous pourrions profiter de notre ville.

Nous construirons une véritable régie publique de l’eau. Il est inadmissible que nous permettions à une des plus grandes multinationales de l’eau dont les bénéfices ont bondi de 50% en 2014 passant à 151 millions d’euros, contre 100 millions d’euros sur la même période l’an dernier et qui verse à ses actionnaires des dividendes qui augmentent de 10% par an. L’eau est un bien commun, nous devons préserver cette ressource indispensable à nos vies et faire en sorte qu’elle soit accessible à touTEs.

Car la ville que nous voulons est une ville solidaire où le prix de l’ensemble des services municipaux sera calculé en fonction du quotient familiale de façon à permettre à touTEs les melunaisES d’avoir accès à tous les services.

L’éducation et la culture seront également des axes centraux de notre politique et en plus de permettre l’implantation sur notre ville d’une école innovante sur le plan pédagogique en partenariat avec l’éducation nationale, de soutenir avec opiniâtreté le travail de nos professeurEs des écoles et de nos directrices et directeurs d’école, nous impulserons un festival des arts de rue et confierons la gestion du cinéma de notre ville, aujourd’hui remunicipalisé, à une association à but non lucratif qui développera une politique ambitieuse d’accès et d’éducation au cinéma.

Bref, nous transformerons Melun en une ville, bien différente du Melun actuel, avant tout organisée pour favoriser la qualité de vie de touTEs ses habitantEs : un environnement sans pollutions, une alimentation saine, des transports fréquents et rapides, des espaces urbains à vivre, des services publics de qualité et accessibles à touTEs. Dès maintenant nous devons engager Melun dans la transition écologique et sociale, dans la réappropriation des biens communs par les citoyennes et les citoyens et la promotion d’une citoyenneté active de chacun quelles que soient ses origines et son statut.

Je vous remercie.

Beauregard, Schuman : Attention aux arbres

Ville de Melun

Conseil municipal du jeudi 24 mars 2016

Intervention sur la délibération n° 7 relative à la butte de Beauregard

Bénédicte Monville – De Cecco et Claude Bourquard

Les codes de l’environnement, forestier et de l’urbanisme prévoient que, lors des opérations d’urbanisme, les parcelles ayant été déboisées doivent être compensées par le reboisement pour une surface correspondant à la surface défrichée, assortie le cas échéant d’un coefficient multiplicateur compris entre 2 et 5, déterminé en fonction du rôle écologique ou social des bois visés par le défrichement.

1. Dans le cadre de l’urbanisation de la butte de Beauregard voulue par la ville de Melun pour accueillir le futur hôpital et des activités complémentaires, celle-ci sera déboisée sur la quasi totalité de sa surface.

Nous constatons que la ville de Melun n’a proposé aucune mesure de reboisement et que contrairement à la loi, cette compensation n’est pas évoquée dans les études d’impact.

Les boisements urbains sont reconnus par les scientifiques comme un des éléments majeurs de la qualité de vie des habitants tant par leur rôle dans le maintien de la biodiversité que par l’impact qu’ils ont sur la santé psychologique des habitants. Ils sont aussi l’un des éléments qui font la qualité d’une entrée de ville qui est souvent la première, voire la seule impression qu’ont de la ville les personnes y entrant.

En conséquence, nous demandons que les études d’impact envisagées proposent concrètement les compensations possibles au défrichement de la butte de Beauregard.

2. En outre, la ville de Melun a procédé récemment à l’abattage de dizaines d’arbres en bordure du quartier Schuman.

D’après nos informations il s’agirait de permettre la mise en place d’une route  à 4 voies et la création d’un carrefour avec feux à l’entrée principale du futur hôpital.

Les habitantEs du quartier Schuman ont été prévenus par flyers par le DDE quelques jours avant et n’ont pas été consultés.

Ces arbres formaient une  barrière de protection naturelle contre les nuisances sonores et la pollution. A cet endroit le traffic routier est intense et le chantier du nouvel hôpital engendre du bruit supplémentaire et beaucoup de poussière qui gênent les habitantEs du quartier Schuman.

Nous souhaitons savoir pourquoi ces arbres ont été abattus et si d’autres arbres seront replantés à leur place.

Ruralité, Ghettos, Femmes victimes de violence ; les interventions de B. Monville-De Cecco en plénière du conseil régional aujourd’hui, jeudi 17/03/16, dans l’ordre d’énonciation

1/ Secteur Ruralité et agriculture CR 09-16 :

Discussion générale

La baisse des dotations, de nouvelles charges obligatoires, le désengagement des services de l’Etat rendent difficile la gestion communale tout particulièrement dans les communes rurales où il y a peu de moyens. La redéfinition de la politique agricole commune, une agriculture productiviste, essentiellement orientée vers l’exportation et les marchés internationaux, exposent les exploitations franciliennes à des difficultés croissantes. Et pourtant votre rapport empile des intentions souvent imprécises et parfois contradictoires et nous doutons que les solutions qu’il propose répondent aux difficultés réelles que rencontrent les territoires ruraux.

Que signifie par exemple quand on parle d’agriculture : « augmentation de l’investissement dans la compétitivité et l’innovation des entreprises, par la création de pôles d’excellence » ? Compétitivité par rapport à quoi, à qui ? Qu’est-ce qui définit l’excellence ? La durabilité des cultures ou leur productivité ? Quelques exemples de questions qui sans réponse précise, puisque nous n’en avons pas obtenu en commission, nous laissent penser que le modèle de développement agricole qu’il s’agit ici de promouvoir n’est pas le modèle résilient, pourvoyeur d’emplois locaux et d’une nourriture saine que nous souhaitons voir advenir.

D’ailleurs et puisque ce rapport parle d’agriculture nous nous étonnons de ne pas y trouver une seule occurence du mot « biologique ».

Rien non plus sur une politique de limitation des intrants chimiques (pesticides et engrais) quand on sait l’importance qu’il y aurait à préserver la biodiversité et permettre aux terres, considérablement appauvries par les traitements chimiques auxquels elles sont intensément soumises, de se régénérer. Mais, il s’agirait aussi de protéger les personnes. Les femmes et les hommes qui habitent ces territoires ont le droit de vivre dans un environnement sain, de respirer un air sain et d’avoir des cours d’eau non pollués. D’après les chiffres du ministère de l’environnement 12% des points d’eau en surface présenteraient une qualité permettant de produire de l’eau potable sans traitement spécifique, ce qui signifie que 88% de nos eaux de surface sont polluées. Ce n’est certes pas une petite affaire or votre rapport n’en fait aucun cas.

Ce rapport est aussi contradictoire quand il prétend dans l’exposé de ses motifs qu’il faut à la fois veiller à la préservation des terres agricoles tout en maintenant la possibilité pour les territoires ruraux de contribuer par exemple à deux grandes fonctions de la ville pourtant gourmandes en foncier : la logistique et le logement.

Quant aux axes d’intervention listés en annexes, certains nous semblent nécessaires comme l’aide au commerce de proximité ou le maintien des services publics. Mais là encore rien n’est dit sur leur mise en oeuvre concrète. Avez-vous l’intention de mettre un terme aux projets de développement des super-hyper-méga centres commerciaux qui non seulement mangent les sols dont nous avons déjà parlés mais tuent le commerce de proximité ? D’autres comme la gratuité des parkings autour des gares nous paraissent problématiques. Vous risquez d’encourager la circulation automobile dans les centres villes, quand il faudrait au contraire réfléchir à la promotion de parkings relais en périphérie des villes, couplés avec des transports en commun qui assuraient la liaison avec les gares. Enfin, le déploiement de la vidéo surveillance nous semble parfaitement inutile : extrêmement couteuse à installer et à entretenir il est inconcevable et absolument pas souhaitable que l’ensemble du territoire rural soit surveillé par des caméras. D’autres réponses aux problèmes que connaissent ces territoires existent comme de développer un plan régional zéro déchets qui réduirait quasi à néant le risque de dépôts sauvages.

Les communes rurales n’ont plus de moyens. Elles ont maitrisé leurs charges de fonctionnement et ne peuvent plus demander à leurs habitant-e-s des efforts. En outre leur capacité d’autofinancement est très faible. Ces communes rurales sont pourtant dans une situation qui leur permettrait d’inventer une nouvelle manière de vivre, résiliente, et d’initier véritablement la transition écologique de nos territoires. Nous regrettons que vous ne vous engagiez pas à les accompagner dans cette voie.

Votre rapport dessine des orientations de développement économique totalement passéistes et qui ont déjà montré malheureusement leur incurie. Alors Mme la présidente, je vous demande, contrairement à ce que vous avez dit tout à l’heure, qui sont les conservateurs dans cette assemblée ?

Explication de vote : abstention.

Ce rapport énonce les axes généraux de la politique que l’exécutif souhaite mettre en oeuvre sans concertation et sans rien dire de précis quant aux moyens qui seront employés. D’où viennent ces fonds ? Comment seront-ils répartis ?

Or nous avons des raisons de nous inquiéter. Vous avez déclaré vouloir privilégier un budget de relance de l’investissement tout en menant une politique de restriction budgétaire. Dès lors, une des questions cruciales que nous nous posons est quelles autres politiques sont abandonnées ? Vous annoncez vouloir diminuer voire supprimer les subventions de certaines associations. Mais les associations, Mme la présidente c’est 6% de la masse salariale privée et 3,5% du PIB, c’est plus que l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire réunies (3,4%). Ces associations sont très présentes dans nos territoires ruraux et jouent un rôle fondamental pour leur cohésion en développant des projets d’utilité sociale créateurs d’emploi. Vous dites aussi vouloir diminuer de 10% le budget des 29 organismes associés de la région, parmi lesquels nous trouvons NATUREPARIF ou l’ORDIF qui se sont révélés essentiels dans la connaissance de nos territoires ruraux et leur protection. Au contraire, il faudrait poursuivre le travail commencé. L’INRA (Institut national de la recherche agronomique) a établi la seule cartographie des sols disponibles pour l’ensemble de l’Île de France. Mais cette carte date de 2003 et, si elle donne des informations précieuses sur les types de sols, elle reste, aux dires de l’IAU (Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Île de France), imprécise et insuffisante. Pourtant, les sols assurent de multiples services fondamentaux et une politique sérieuse d’aménagement du territoire francilien doit passer par une volonté réelle de sanctuarisation des terres agricoles disponibles. Donc par le soutien à la recherche sur les sols franciliens et leur protection contre l’étalement urbain. En moyenne sur les 20 dernières années, ce sont 1860 ha de terres, le plus souvent agricoles, qui sont artificialisés par an. On sait que le marché foncier et les régulations foncières sont parmi les facteurs « de long terme » qui influencent le plus l’évolution des structures agricoles. Les volontés d’installation d’agriculteurs-agricultrices sont parfois arrêtées faute de terres disponibles. Par conséquent, l’élaboration d’un schéma de sanctuarisation des terres agricoles d’intérêt régional serait cruciale si nous souhaitons que se développe une agriculture francilienne de qualité et pourvoyeuse d’emplois locaux. Or, il n’en est jamais question dans ce rapport.

Et puis pour vous répondre, parce que vous avez parlé tout à l’heure, des lycéens et lycéennes qui, en Seine et Marne renoncent à poursuivre des études supérieures faute de transport ou d’une offre locale suffisante. Pourtant, vous prétendez instituer des bourses au mérite pour les bacheliers titulaires d’une mention très bien et l’égalité des aides sociales pour les lycées publics et privés. Mesdames la présidente et vice-présidente, souhaitez vous réellement régler le problème de l’inégalité scolaire par de telles mesures ? N’avez-vous jamais entendu parler de reproduction sociale ? En 1964, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron publiaient un livre important Les Héritiers, je vous en conseille vivement la lecture.

2/ Secteur logement

CR 39-16 « Dispositif anti-ghettos », explication de vote : contre

M. le vice président, vous avez déclaré vouloir « casser les ghettos » mais quelle est cette expression pleine de mépris ? Vous savez si les franciliens et les franciliennes nous regardent comme vous l’avez dit, ils savent aussi nous écouter. Ces ghettos dont vous parlez sont pour beaucoup de nos concitoyen-nes leur lieu de vie, des lieux où ils-elles ont grandi, élevé leurs enfants, des lieux où ils-elles ont vieilli, des lieux auxquels ils-elles sont attachés malgré les difficultés qu’ils-elles peuvent y rencontrer, des lieux que nombre d’entre eux-elles s’engagent à améliorer par des actions multiples et quotidiennes au service de l’ensemble des habitant-es. Avez-vous déjà écouté Grand Corps Malade quand il dit : « Si je rends hommage à ces lieux à chaque expiration, C’est que c’est ici que j’ai puisé toute mon inspiration »? Avez-vous M. le Vice Président déjà mis les pieds dans un des innombrables centres sociaux où travailleurs sociaux et habitant-es collaborent pour créer des espaces de partage, de rencontre, de réflexions, de discussions, de loisirs et participent activement à la vie de leur cité ? (la phrase suivante n’a pas été prononcée faute de temps) Il y a, voyez-vous, de multiples manières de faire de la politique et je ne crois pas me tromper ici en affirmant que les femmes et les hommes dans notre pays qui s’investissent dans leur quartier, dans ces ghettos que vous voulez « casser » sont bien plus nombreux-ses que nous qui siégeons dans des lieux cossus et que les services qu’ils et elles rendent à la population de notre pays tout entier sont sûrement bien plus fondamentaux. Une chose est sûre M Geoffroy Didier, pour parler d’eux et d’elles de cette façon là non seulement vous ne les connaissez pas mais vous les méprisez. Une politique qui serait animée par le sens de la justice ne viserait pas à « casser les ghettos » mais à soutenir leurs habitant-es en leur donnant les moyens d’agir et en leur apportant les services publics qui leur manquent et de la meilleure qualité possible afin de corriger autant que faire se peut les inégalités considérables de richesse, de travail et scolaires qui les frappent.

Vous avez dit aussi faire vôtres les propos de Manuel Valls et ne pas vouloir ajouter de la pauvreté à la pauvreté (comme s’il était nécessaire de poursuivre la démonstration de la proximité idéologique qui existe entre vous). Mais, M. Didier, ce n’est pas en construisant des logements sociaux qu’on crée la pauvreté. En Île de France, comme le montre le graphique que vous avez joint au rapport suivant, 25% des francilien-nes remplissent les conditions de revenu pour accéder à un logement très social. Aujourd’hui en France, 8 million de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. On compte 5 millions de travailleurs-euses pauvres et 3,5 millions de sans-abri, un chiffre qui, selon la fondation Abbé Pierre, a doublé en 10 ans. Or que s’est-il passé ces 10 dernières années, une accélération et une amplification considérable des politiques néo-conservatrices de restriction budgétaire et la captation massive des revenus du travail par le capital à travers la remise en cause progressive, jusqu’à tout récemment, des droits des salarié-es et une baisse considérable de leur revenu (rémunération brute et part de leur salaire différé sous forme d’aides sociales et d’assurances maladie et vieillesse). Alors M Geoffroy Didier je m’étonne d’un tel simplisme : supprimons les logements très sociaux et nous allons supprimer les pauvres. Et je demande à mon collègue de l’UDI, où sont les idéologues ? Car dans votre rapport si on lit dans les motifs que les communes pas ou peu pourvues en logement social devront se conformer aux obligations de la loi SRU, aucun article ne traduit en acte votre intention. Je pense pour reprendre une expression de M. Meignen que la lutte contre la « concentration de classe » commence là. A quand une politique de « déconcentration de classe » dans le 16è et à Neuilly-sur-Seine ? Par conséquent, ce que vous allez faire à coup sûr c’est augmenter la précarité indigne que subissent déjà 8 millions de nos concitoyen-nes et fragiliser celles et ceux qui sans vivre sous le seuil de pauvreté voient leurs revenus diminuer année après année alors même que les rentes des grandes entreprises n’ont jamais été aussi fleurissantes et que la bourse n’a jamais permis une telle accumulation de richesse par les plus nantis.

CR 38-16 Soutien aux femmes victimes de violences, explication de vote : pour

(En réponse aux interventions du FN) Il semble que les faux dévots du 21 siècle embrassent la cause des femmes pour mieux anéantir les quelques gains obtenus par les mouvements et associations féministes au 20ème siècle. Alors quant aux élucubrations insupportables du Front National je veux juste rappeler que le FN propose de répondre au chômage en ramenant les femmes dans les foyers ou qu’au parlement européen ses membres ont voté contre un texte portant justement sur l’égalité femmes-hommes.

Mais, Mme La présidente, revenons au rapport avec lequel vous souhaitez lutter contre les violences faites aux femmes et pourtant, lundi nous avons appris au conseil d’administration du centre Hubertine Auclert que vous aviez l’intention de diminuer de 30% les subventions versées par la région à ce centre. Il constitue pourtant une ressource fondamentale dans la lutte quotidienne contre les violences faites aux femmes. Ce centre est sûrement un exemple de ce qu’une collectivité peut promouvoir de meilleur et aujourd’hui ce sont cent associations qui en sont membres. Depuis 2013, le centre a intégré l’observatoire régional des violences faites aux femmes. Or, les données produites par l’observatoire et le centre Hubertine Auclert montrent l’effort qu’il faudrait fournir si notre collectivité veut pleinement répondre aux problèmes vitaux que rencontrent ces femmes. En 2013, ce sont 793 femmes et 819 enfants qui ont été hébergés et mis en sécurité dans des structures associatives ou individuelles. Mais, 1442 femmes ont vu leur demande d’hébergement refusées faute de place disponible. Dans ce même rapport on lit : « Il est important d’offrir à ces femmes un lieu de vie stable et sécurisant où elle vont pouvoir se détendre et mettre à distance les violences qui les oppressent, provoquant anxiété et stress permanent. » Par conséquent, Mme la présidente, augmenter le nombre de logements réservés aux femmes victimes de violences et à condition que ces logements leur soient accessibles économiquement, ainsi que vient d’en faire la démonstration Mme Corinne Rufet, est nécessaire mais en aucun ça suffisant. Nous parlons de passer de 50 à 100 logements, 100 logements quand le nombre potentiel de femmes qui pourraient en avoir besoin dépasse les 2000, quand une femme meurt tous les deux jours et demi en France sous les coups de son compagnon ou de son ex-compagnon. En amputant le centre Hubertine Auclert de 30% de ses subventions régionales vous risquez de nous priver d’un instrument fondamental dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Vous admettrez Mme la présidente que le signale que vous envoyez est, et c’est le moins qu’on puisse dire, contradictoire. Alors nous voterons cette délibération. Pour autant, nous serons extrêmement vigilants sur votre politique globale à l’endroit des femmes et nous espérons que le soutien de la région aux associations féministes ne manquera pas durant cette mandature.

« Europe Écologie-Les Verts doit re-devenir cette figure nouvelle d’organisation de la politique capable de modifier le régime des possibilités qui existent en France »

Intervention B Monville-De Cecco,

Congrès régional EELV IDF du 30 mai 2015 à Ivry

Aujourd’hui nous votons pour déterminer la liste des candidates et des candidats que nous présenterons aux élections régionales en Île de France. Dans le même temps, nous renouvelons nos instances politiques et exécutives régionales. Nous, signataires, candidates et candidats de la motionB sommes convaincu-e-s de la pertinence et de la force du projet que nous portons. Un projet écologiste, en réalité largement partagé dans notre société, et le seul capable d’articuler les questions sociale et écologique pour une transformation radicale et joyeuse des rapports des humains à la nature et des rapports des humains entre eux.
Nous sommes un parti à part entière et nous devons définitivement sortir de notre subalternité intériorisée face au Parti Socialiste. Notre parti doit re-devenir cette figure nouvelle d’organisation de la politique capable de modifier le régime des possibilités qui existent en France. Nous ne pourrons y parvenir que toutes et tous ensemble, avec la conviction commune de la primauté du projet écologiste.
Notre famille politique, c’est l’écologie, la gauche et les mouvements sociaux. Nous sommes à notre place dans cette société des mouvements qui s’opposent aux logiques capitalistes d’appropriation des territoires et du travail humain. Des logiques de destruction des écosystèmes et de déconstruction de l’État social. Le salariat est fragilisé et les classes populaires, de nouveau contraintes à vivre au « jour la journée ». Ce système accroît considérablement les inégalités et génère chez nombre de nos concitoyennes et de nos concitoyens une peur du lendemain qui encourage le repli nationaliste.
Prétendre que le capitalisme est compatible avec une politique sérieuse de lutte contre le réchauffement climatique, contre la destruction de nos écosystèmes ou contre la croissance des inégalités, est faux. Le système capitaliste repose sur l’extractivisme et le productivisme, c’est-à-dire sur la double exploitation de la nature et du travail humain. Le réchauffement climatique est une aubaine pour qui détient aujourd’hui les techniques et les moyens de production qui permettent de suppléer aux « défauts » de la nature ou bien de profiter des opportunités que ce même réchauffement climatique permet. Ils nous vendent les OGM contre la disparition de la biodiversité et jubiles à l’idée de l’ouverture de nouvelles voies maritimes et de forages pétroliers dans l’Arctique. La quête sans fin du profit conduit les détenteurs des capitaux à chercher la main d’oeuvre la plus exploitable, les moyens de production et l’énergie les moins chers, souvent aussi les plus polluants. Ce système nous le connaissons. Après avoir fait la richesse de l’Occident et le malheur des peuples colonisés, il contraint à leur tour les populations européennes à la rigueur ou à l’austérité, et précipite le monde entier, mais d’abord les pauvres, dans la crise écologique.
Les gouvernements qui se sont succédés en France depuis le milieu des années 1980 ont accompagné le capitalisme néo-libéral avec une volonté plus ou moins grande d’en amortir la violence et jouant parfois des divisions du corps social qu’ils contribuaient trop souvent à réifier voire à produire. Ils ont prétendu qu’il n’y avait pas d’alternative possible et promu une vision à court terme de notre développement économique fondée sur l’extension du domaine de la construction, du commerce de masse et de l’agriculture intensive. Artificialisation de notre territoire, raréfaction de nos ressources en eau, destruction des écosystèmes, ne semblent compter pour rien devant la promesse transitoire d’emplois pourtant toujours plus précaires et mal rémunérés. Ce faisant, ils ont encouragé la dépolitisation massive du champ politique et son « entre soi ». Et je parle bien du champ politique et non pas de notre société, car notre société est politisée et moi qui enseigne depuis 20 ans, dans le secondaire puis dans le supérieur, dans des filières professionnelles et générales, je peux attester du degré de politisation de notre jeunesse. Mais cet intérêt se manifeste en dehors des institutions traditionnelles de la politique et en dehors des partis. Nous avons perdu la confiance d’une part grandissante du peuple qui s’abstient de participer à un système démocratique qu’il juge inique. Ma conviction en m’engageant avec l’ensemble des signataires de la motion B dans la discussion démocratique qui anime notre parti aujourd’hui est que nous devons relever ce défis là aussi. Europe Écologie-Les Verts doit incarner, pour de vrai, une autre manière de faire de la politique.
Aujourd’hui nous savons que le monde dessiné par ces politiques néo-libérales et leurs institutions conservatrices est un monde appauvri et instable où la violence entre les groupes et les sociétés a cru, où les inégalités à l’intérieur de nos pays et entre nos sociétés sont devenues criantes, où un nombre croissant d’êtres humains est placé devant l’alternative intolérable : fuir ou mourir ! Il apparaît de plus en plus évident que la vie sur terre ne peut pas dépendre de la bonne volonté des détenteurs du pouvoir économique.


Alors de quoi parlons-nous ?
Nous parlons de l’idée écologiste qui re-pose conjointement les questions du rapport à la propriété et du rapport à la nature. Nous parlons de toutes ces expériences en marche qui fleurissent dans les luttes et dans le monde entier et font quotidiennement la preuve qu’une société respectueuse des êtres humains et de notre environnement ne relève pas de l’utopie mais de la volonté de vivre bien ensemble et dans la nature.
En France, des territoires entiers sont entrés en résistance contre le démantèlement de nos outils de travail, l’appropriation marchande des biens communs, l’aliénation brutale de la vie animale, les pollutions chimiques durables et mortifères. Partout, des femmes et des hommes s’élèvent contre leur éviction du marché du travail, leur soumission croissante à des formes de travail atypiques aliénantes et sous-payées, et leur relégation dans des zones périurbaines ségréguées et exposées aux pollutions.
Ces luttes sont les nôtres. Nous, signataires, candidates et candidats de la motionB croyons qu’Europe Écologie-Les Verts doit être un point de ralliement pour l’ensemble du mouvement social et écologiste qui aspire aux changements radicaux (au sens plein du terme, depuis la racine) sans lesquels l’avenir de nos sociétés humaines s’assombrira immanquablement.

Intervention Bénédicte Monville-De Cecco pour la Motion « Faisons gagner l’écologie en Île de France », Forum régional EELV du 11 avril 2015

ForumEELVIDF_avril2015_BenMonvilleForum régional EELV du samedi 11 avril 2015

Motion Faisons gagner l’écologie en Île de France

Intervention Bénédicte Monville-De Cecco

Le projet politique à l’oeuvre qui s’accélère et s’amplifie depuis les années 80 a considérablement creusé les inégalités à l’intérieur et entre nos pays et abouti à l’émergence d’un monde instable, toujours plus violent, où les enjeux écologiques sont devenus criants !

La promesse que l’accroissement de la richesse globale profiterait à tous a fait long feu. Ce à quoi nous assistons, au contraire, c’est à une quête sans fin du profit à travers la promotion des moyens de production les moins chers, c’est-à-dire l’exploitation brutale de la nature et du travail humain.

Ce projet politique a plusieurs noms. Il s’appelle dérégulation, privatisation (y compris des biens communs fondamentaux), réduction drastique des dépenses publiques, augmentation de la pression fiscale sur les classes populaires tandis qu’on concède aux entreprises et aux plus riches des nivaux d’allègement fiscaux sans précédent. Ces politiques menées également en France accroissent les inégalités, précipitent un nombre croissant d’entre nous dans la pauvreté, augmentent notre exposition aux pollutions et aux phénomènes climatiques extrêmes.

Les choses doivent changer et les discours politiques qui prétendent qu’il n’y a pas d’alternative possible, reprenant à leur compte le crédo néo-libéral, sont inacceptables. Non seulement parce qu’ils sont faux, mais encore parce qu’ils participent à la dépolitisation massive du champ politique où les différences idéologiques s’émoussent et l’entre soi grandit, au point qu’on assiste en France à la reconstitution d’une véritable aristocratie, ou pour le dire autrement, d’une caste qui gouverne très clairement au profit d’une classe.

On ne peut pas d’un côté déplorer la guerre au monde vivant, aux humains et à la nature, menée par l’entreprise capitaliste et tergiverser sur la critique des politiques néo-libérales qui en sont responsables.

On ne peut pas d’un côté exiger des politiques volontaristes à la hauteur des enjeux du réchauffement climatique et d’un autre côté réclamer des alliances avec le parti politique qui, à la tête du pouvoir exécutif et majoritaire à l’assemblée nationale, a tour à tour enterré l’accord que nous avions signé, renoncé à la mise en place d’une fiscalité écologique, pilonne les mécanismes de redistributions de la richesse et de protection des travailleurs, refuse la sortie du nucléaire, repousse la publication d’un rapport d’une de ses agences (Ademe) extrêmement prometteur quant au potentiel des énergies renouvelables en France, continue de réclamer un accord de libéralisation du commerce et des investissements entre la France et les Etats-Unis et, par ce fait même, bloque toutes politiques ambitieuses de lutte contre le réchauffement climatique.

Depuis 20 ans que les négociations sur le climat ont commencé les émissions de Gaz à Effet de Serre ont augmenté de 60%. Autrement dit, si nous voulons réellement lutter contre le réchauffement climatique nous devons exiger les changements radicaux qui s’imposent. Car on ne peut pas changer, sans rien changer. Limiter l’augmentation des températures et éviter la catastrophe annoncée nous oblige à renoncer à un modèle économique fondé sur la croissance.

Les mouvements de résistance et les alternatives s’organisent. Ils grossissent partout dans le monde et en France. La question qui est aujourd’hui posée à notre parti politique est : « où voulons-nous être ? », aux côtés des résistances et des alternatives au productivisme prédateur ou au côté de ceux qui les répriment. Dans neuf mois, l’organisation de la COP 21 à Paris offrira une tribune exceptionnelle aux mouvements qui luttent véritablement pour la justice sociale et écologique dans notre pays et dans le monde. Notre parti doit prendre place à cette tribune, à côté de ces mouvements et contre les pouvoirs qui par leurs décisions font exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire.

Nous devrons porter haut les solutions que nous avons pensées depuis longtemps et qui passent nécessairement par la refondation de notre démocratie et de notre économie à travers la promotion de modèles décentralisés et coopératifs de production d’énergie et de nourriture, un modèle d’aménagement du territoire qui protège le patrimoine naturel de notre pays, et par la croissance des activités humaines utiles socialement et faiblement génératrices d’émissions de carbone. À moins que d’ici là, des choix politiciens aient fini de discréditer la parole d’Europe Écologie Les Verts.

C’est pour toutes ces raisons que nous signataires de la motion Faisons gagner l’écologie en île de France sommes convaincuEs que notre parti doit refuser de s’allier avec le parti socialiste au premier tour des élections régionales. Nous ne pourrons nous allier qu’avec des partis politiques qui partagent l’ensemble de ces constats sur la base d’une conception commune du lien étroit entre la question sociale et la question écologique. Les citoyennes et les citoyens doivent avoir la possibilité de s’exprimer sur un programme qui fait de l’écologie politique le pivot de ses propositions. Notre avenir passe par l’affirmation de notre autonomie et, plus généralement, de l’autonomie de l’écologie politique en tant qu’idéologie cohérence capable de répondre aux enjeux fondamentaux qui se posent à toutes celles et à tous ceux qui pensent que la société post-capitaliste s’invente aujourd’hui dans la lutte pour la justice sociale et pour l’écologie.

Je récuse avec la plus grande fermeté

Je récuse avec la plus grande fermeté les discours à l’emporte pièce qui prétendent qu’EELV aurait une quelconque responsabilité dans la montée du Front National et sa présence au deuxième tour des élections départementales sur le canton de Melun. Nous sommes même les seuls avec le FDG à dénoncer avec constance la diffusion des idées nauséabondes sur lesquelles il prospère et leur récupération politique (rappelez-vous Duflot sur les déclarations de Valls, multirécidiviste, à propos des Roms) et les fausses solutions simplistes d’un programme social et économique totalement irresponsable.
Au niveau local, nous sommes nombreux à avoir fait de notre engagement contre l’extrême-droite une pierre angulaire de nos interventions dans l’espace public. C’est notre cas à Melun où nous avons organisé plusieurs soirées sur le thème du racisme, de la xénophobie et du FN. Toujours avec succès d’ailleurs.
La situation dont nous héritons s’inscrit dans l’histoire de ces 35 derniers années où plutôt que de combattre l’extrême droite par la mise en œuvre d’une politique qui ait pour horizon l’égalité réelle des citoyenEs, le socialisme au sens plein du terme (et, on aurait pu l’espérer, un socialisme non productiviste), le PS a instrumentalisé le thème de la montée du FN et l’anti-racisme pour mieux cacher l’incurie de sa politique. Pire, il a entériné les représentations xénophobes qui président à la politique d’immigration en France et en Europe depuis 30 ans. Quant à la complicité de la droite classique avec l’extrême-droite, elle est devenue tellement grossière. En outre, le discours ultra ou néolibéral qui fait de l’individu le seul responsable de son destin a été également promu par l’UMP et le PS. Les classes populaires souverainement méprisées par une oligarchie politique qui cultive l’entre-soi, fréquente les clubs sélectes de la République, s’auto-congratule et mène grand train. Nous n’avons rien à voir avec tout cela (sauf quelques apparatchiks EELV que la presse qualifie justement d’opportunistes).
Je considère que les électrices et les électeurs doivent faire leur choix et s’en sentir responsables. Notre responsabilité est de rappeler de façon très claire, sans aucune ambiguïté, nos positions sur l’extrême-droite. C’est sur la base de ces positions réaffirmées avec clarté que les électrices et les électeurs pourront se faire une opinion. Je suis opposée à la déresponsabilisation de l’électorat, c’est un jeu délétère à long terme pour la démocratie.
L’espoir que suscite notre position politique rigoureuse qui fait des idées et du programme le pivot de toute alliance, loin des petits arrangements entre ami-e-s, des mensonges répétés et tactiques politiciennes, et qui affirme qu’une autre politique est possible en dehors du capitalisme néolibéral et du productivisme, résolument non nationaliste et non xénophobe, est réel. Une position qui refuse le manichéisme simpliste des discours qui feignent d’ignorer que l’extrême-droite ne prospère jamais seulement grâce à elle mais bien grâce à la complicité d’élites politiques et culturelles qui tolèrent voire participent à la promotion de représentations sociales qui lui sont favorables. Cette imposture là, il est aussi de notre responsabilité de la dénoncer.

Bénédicte Monville-De Cecco
Élue écologiste EELV à Melun
et à la communauté d’agglomération Melun Val de Seine
Candidate EELV aux élections départementales de mars 2015

Élections départementales de mars 2015 : Discours de Bénédicte Monville-De Cecco prononcé, dans une version abrégée, lors de la soirée de lancement de la candidature d’union de la gauche et des écologistes d’« Ensemble : Pour une Alternative Populaire et Écologiste » sur le canton de Melun.

Photo Ben petiteDans nos sociétés contemporaines, où l’individu autonome dispose d’une certaine liberté de choix et s’est affranchi des assignations traditionnelles1, l’État garantit les deux formes de sécurité sans lesquelles aucune vie sociale n’est possible : la sécurité civile et la sécurité sociale. La première relève des protections civiles et judiciaires et suppose la constitution d’un État de droit. La deuxième relève de la protection sociale et suppose la constitution d’un État social.

À ces deux formes de sécurité garanties par l’État, il convient aujourd’hui d’en instituer une troisième, devenue également primordiale : la sécurité écologique qui relève de la protection environnementale et suppose la construction d’un État écologiquement responsable.

La paix, la solidarité et l’écologie forment les conditions de l’épanouissement d’une vie humaine autonome. Car comment être autonome si nous ne sommes pas protégé-e-s des aléas auxquels peuvent nous exposer la violence, la pauvreté, la maladie, la vieillesse, le chômage, etc. Comment être autonome sans la garantie d’une solidarité collective, entre les citoyennes et les citoyens et entre les territoires. Or, le département est considéré comme le « chef de fil en matière d’aide sociale, d’autonomie des personnes et de solidarité des territoires ». Et c’est bien de cela qu’il s’agit.

L’État de droit a donc le devoir de garantir la protection civile des personnes, conçues comme égales devant la loi. En France, ce principe est aujourd’hui remis en cause par des lois d’exception, des logiques discriminatoires et ségrégationnistes, des politiques d’immigration, des pressions économiques qui exposent certaines catégories de citoyennes et de citoyens à l’arbitraire et à l’insécurité civile. Ce principe est encore remis en cause par une interprétation régressive, fermée et agressive, du caractère laïc de l’État français qui entraine des exclusions de certaines populations de l’espace public laïc, des contrôles au faciès, des tracasseries administratives, des humiliations policières, une justice expéditive où les droits de la défense sont remis en cause, etc. Je défends, au contraire, une laïcité positive, ouverte et inclusive, qui s’inscrit en plein dans l’esprit de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. Une laïcité qui réaffirme l’égale dignité de toutes les fois ou absence de foi, qui réaffirme que toutes les Églises ont également droit de cité et que l’État se doit de traiter les citoyennes et les citoyens avec la plus grande impartialité.

Parlons de l’État social maintenant. Les premières lois qui encadrent le travail en France datent du 19ème siècle. L’arsenal législatif sera régulièrement complété jusqu’à la loi sur les 35 heures, qu’on peut critiquer dans sa mise en oeuvre mais dont l’esprit (partage du travail, défense de valeurs non marchandes comme d’un droit au temps) constitue indéniablement un progrès. Depuis les années 1970, ce que certains désignent comme une Révolution conservatrice n’a cessé de porter atteinte aux droits acquis en attaquant l’État social (appelé maladroitement État providence). La loi macron constitue la dernière attaque et une des plus frontales. On peut distinguer deux angles d’attaque essentiels : la remise en cause d’une fiscalité redistributive et la génération d’un imaginaire ultralibéral qui glorifie la réussite individuelle et matérielle et où l’égoïsme (ou intérêt personnel) l’emporte sur toute autre forme de motivation (telle que l’empathie, la compassion, la générosité). On nous vend ce modèle à grand renfort de publicité et d’industrie culturelle et beaucoup parmi nous ont oublié que les réussites individuelles que notre société célèbre sont construites sur l’exploitation des classes populaires et de la nature, ici et ailleurs.

Le département doit reprendre à son compte cet idéal de protection sociale et d’égalité. En France, 8 millions de personnes vivent sous du seuil de pauvreté et parmi elles 1,5 à 2 millions sont des travailleurs/euses pauvres, c’est-à-dire des personnes dont le revenu ne leur permet pas de vivre décemment. Cette pauvreté nouvelle prend un sens particulier dans une société où le lien avec la terre est rompu, où les solidarités familiales et traditionnelles s’estompent et où le travail est devenu l’unique ressource disponible pour l’écrasante majorité d’entre nous. La fondation Abbé Pierre fait le constat alarmant que le mal logement progresse. Comment peut-on tolérer que des femmes, des enfants, des hommes dorment dans des logements exigus, insalubres ou même dorment dehors.

Le département doit assumer pleinement sa responsabilité en matière de politique sociale. Il est urgent de renverser l’imaginaire libéral de la responsabilité individuelle. Comme si certain-e-s parmi nous aimaient dormir dehors ou que notre capacité à trouver et à garder un emploi n’avait rien à voir avec la logique capitaliste qui fabrique des chômeurs/euses pour mater les salarié-e-s et imposer progressivement un régime de précariat généralisé qui consiste à transférer sur l’Etat la charge de la reproduction de la main d’oeuvre.

Comme si, également, l’échec scolaire n’était en rien déterminé par ces logiques ségrégationnistes qui frappent nos territoires condamnent certains de nos enfants dans des proportions insupportables à l’échec scolaire et, plus tard, à la précarité. Le département doit soutenir en priorité les collèges situés dans les territoires marqués par le chômage, la pauvreté et la désaffiliation sociale. Toute politique d’aménagement du territoire doit viser à empêcher ces logiques ségrégationnistes et, au contraire, à encourager une répartition harmonieuse des populations. Car, comment garantir l’égalité des citoyennes et des citoyens sans lutter pied à pied contre ces logiques d’exclusion et/ou ségrégationnistes qui fragmentent notre territoire et l’unité de notre communauté politique.

Mais je veux aussi parler de fiscalité redistributive. Pour redistribuer il faut prendre. Prendre à ceux qui ont, afin de donner à ceux qui n’ont pas. Il n’y a rien de révolutionnaire dans ce principe sinon la reconnaissance que dans une société capitaliste ceux qui possèdent les moyens de production utilisent la force de travail des autres pour maintenir et confirmer leur position dominante. Mais la révolution anti-fiscale menée par les classes possédantes aboutit à la baisse des prélèvements obligatoires sur les classes les plus aisées et prive l’État d’une partie substantielle de ses recettes à travers la déréglementation et la défiscalisation. Aussi, pour répondre aux injonctions économiques de la commission et de la banque centrale européenne, l’État continue, entre autre, de diminuer ses dotations aux collectivités locales, dont les départements. Les conséquences de ces politiques d’austérité sont immédiates. Sans argent, les collectivités locales sont de plus en plus dépendantes de partenaires privés pour financer leurs investissements. De ce point de vue, certaines luttes dans notre département et particulièrement dans notre canton sont exemplaires. Je pense aux ami-e-s du comité de défense de l’hôpital public avec lesquels nous nous battons pour le maintien d’un hôpital public de plein exercice et de proximité, seule garantie véritable d’un droit universel à la santé dans notre pays. Notre département doit soutenir de toutes les manières possibles ces luttes.

Les assemblées départementales à qui il incombe de mettre en oeuvre la politique sociale afin de garantir l’autonomie des personnes et la solidarité des territoires devraient être les fers de lance de ces combats là et investir avec fierté la politique sociale parce qu’elle est au coeur de l’égalité, de la fraternité et par conséquent de la liberté des citoyennes et des citoyens.

En matière d’emploi et de politique économique, notre marge de manoeuvre n’est pas grande mais elle existe. Le département est compétent pour engager une politique de développement dans le sens d’une économie sociale et solidaire. Une économie qui s’appuie sur d’autres formes de propriété, une propriété d’usage des travailleurs/euses eux-mêmes/elles-mêmes et repose sur une gestion partagée du pouvoir dans l’entreprise. Une économie aux services des êtres humains qui fait de son utilité sociale sa raison d’être. Nous devons suspendre toute forme d’aides directes ou indirectes au développement économique à ces conditions essentielles.

Et puisque les départements ont compétence sur les questions d’équipement rural, de remembrement et d’aménagement foncier, c’est toute la politique agricole de la Seine-et-Marne qu’il faut revoir. Nous devons encourager une agriculture pourvoyeuse d’emplois et décourager le modèle productiviste dominant qui les détruit. Nous sommes un département semi-rural. C’est une richesse extraordinaire à condition de ne pas se tromper de modèle de développement. La Seine-et-Marne est le département le plus grand et le plus rural d’île de France. En 2012, avec 335 871 hectares, elle présente de loin la plus grande surface agricole utile d’Île de France2. Cependant, on observe une tendance à la baisse et depuis 2005, le département a perdu 3000 hectares. Globalement en île de France, le nombre d’exploitations est passé de 6538 exploitations en 2000 à 4906 en 2012. De conséquence, le nombre d’actifs dans l’agriculture baisse également et, dans le même laps de temps ce sont 3967 emplois qui ont été détruits, passant de 12700 à 8733 emplois, dont la majorité sont localisés en Seine-et-Marne.

La production agricole se concentre autour des céréales, en particulier le blé et le maïs. Alors, que la production d’Oléagineux et de Protéagineux régresse. Cela a pour conséquences immédiates une organisation du travail agricole toujours moins nécessiteuse de main d’oeuvre. Si nous défendons les terres agricoles, nous voulons des filières agricoles pourvoyeuses d’emplois et de nourriture pour les habitant-e-s de la Seine-et-Marne et de l’Île de France : le maraîchage, l’élevage, l’arboriculture, les filières de transformation – il n’y a plus d’usine de transformation du lait, plus d’abattoir de bovins, par exemple. A terme, c’est la reconquête de notre autosuffisance alimentaire que nous visons et la création de dizaines de milliers d’emplois. Il faut produire, transformer et consommer localement.

J’ai parlé tout à l’heure de sécurité écologique et de protections environnementales. Laissez-moi développer pour finir cette idée là. Par définition, le capitalisme encourage la recherche illimitée du profit à travers des entreprises dont nous avons déjà plusieurs fois mesuré – je pense à la colonisation – qu’elles pouvaient être extrêmement violentes et prédatrices. Or, la main d’oeuvre et la nature constituent les principales ressources de l’entreprise capitaliste.

De la même manière que nous ne pouvons pas soutenir des entreprises qui n’auraient pas d’utilité sociale, nous devons refuser les industries polluantes ou qui ne seraient pas compatibles avec le développement durable de notre territoire. La sécurité écologique commence par décourager toutes les formes d’industrie qui portent atteinte à la santé des habitant-e-s de notre département. Au contraire, il faut soutenir leur reconversion écologique et développer une nouvelle relation au territoire qui fasse de sa protection et de sa valorisation écologique l’objectif de toute politique d’aménagement.

En Seine-et-Marne, la part des surfaces agricoles cultivées en bio, de 0,5% en 2005, est passée à 1,1% en 2012. Si elle a été multipliée par 2, la Seine-et-Marne est le dernier département d’Île de France avec le Val-d’Oise, loin derrière le Val-de-Marne avec 4,3%, la Seine-Saint-Denis avec 5,8% et la surface moyenne en France métropolitaine, 3,8%.

Nous voulons encourager l’abandon progressif de l’agriculture industrielle grande consommatrice d’intrants chimiques, destructrice du travail et dangereuse pour notre santé. Au contraire, il faut redonner vie à la terre et faire rire à nouveau nos campagnes en développant une agriculture écologique et biologique, créatrice d’emplois non délocalisables, comme nous l’avons déjà dit et qui satisfasse son objet premier : garantir la meilleure alimentation possible des êtres humains.

La sécurité écologique, c’est aussi promouvoir des transports routiers collectifs, décourager le recours à la voiture individuelle, augmenter la part des transports propres et doux. Les émissions des véhicules individuels sont, en Île de France, responsables de 25 % des pollutions atmosphériques (PM10 = poussières ou particules fines) dont on connait maintenant les conséquences sur notre santé (en particulier sur celle de nos enfants) et sur le réchauffement climatique dont les répercussions seront dramatiques pour nos sociétés à terme.3 C’est une gestion durable des routes contre un étalement urbain inconsidéré du réseau routier et l’intensification de l’artificialisation de notre territoire. Nous devons protéger nos bois, nos forêts, nos animaux qui font aussi l’attractivité touristique de notre territoire.

La sécurité écologique, c’est également protéger nos ressources en eau. À ce propos, je voudrais saluer le travail de Jean Dey, seul élu écologiste au département, qui, à la tête d’Aquibrie (l’agence départementale pour la connaissance et la protection de l’aquifère de Champigny) a accompli un très gros travail pour sensibiliser à et développer une gestion durable de cette ressource vitale. Il s’agira pour nous de continuer et d’amplifier le travail accompli. Nous réaffirmerons notre opposition à toute forme de marchandisation de l’eau, un bien commun vital.

La sécurité écologique signifie aussi lutter contre la précarité énergétique (une autre compétence du département). L’ensemble des ressources du département à commencer par le SDESM (syndicat départemental des énergies de Seine-et-Marne, qui regroupe l’ensemble des communes de Seine-et-Marne), créé le 1er janvier 2014, devront converger vers l’autonomie énergétique de la Seine-et-Marne et le développement d’une filière énergétique durable. Le département devra en outre encourager le soutien aux politiques de rénovation des bâtiments vers davantage d’efficacité énergétique et veiller à l’application des dernières normes environnementales en matière de nouvelles constructions. Au niveau des individus et à travers sa politique sociale, le département devra également veiller à aider les familles nécessiteuses à sortir de la précarité énergétique. Il est inadmissible qu’on accepte que certain-e-s aient froid et qu’on ait abandonné l’idée d’un service public de l’énergie.

La sécurité écologique c’est aussi empêcher les usages délétères du territoire à travers l’augmentation des surfaces consacrées aux décharges ou l’extension des incinérateurs. Aujourd’hui, la Seine-et-Marne accueille 80% des déchets inertes de la région Île de France. Mais on ne peut pas d’un côté refuser de voir le problème majeur que pose à nos territoires, et en particulier à la Seine-et-Marne, la gestion des déchets et d’un autre côté ignorer notre responsabilité dans leur prolifération. Nous devons promouvoir une politique et des comportements qui visent à la réduction drastique du volume de déchet et à leur gestion durable en collaboration avec les communautés d’agglomération ou de communes qui ont compétence sur la question des déchets.

La sécurité écologique doit être sanctuarisée et viser les objectifs qui lui sont intrinsèquement liés : protéger notre territoire pour protéger ses habitant-e-s.

Pour finir, je voudrais attirer votre attention sur le fait que ces trois formes d’insécurité frappent en priorité les classes populaires. La modicité de leurs revenus ne leur permet pas de refuser la nourriture industrielle vendue dans des grandes surfaces et traitée une multitude de fois pour sa culture et sa conservation. Les classes populaires sont souvent obligées de vivre en périphérie des villes, proches des artères de circulation les plus denses et sont davantage exposées à la pollution atmosphérique et au bruit. Elles connaissent la précarité énergétique et la faiblesse des transports en commun et leur renchérissement en fonction de la distance parcourue les touche en priorité. À cette insécurité écologique s’ajoute l’insécurité sociale consécutive au désengagement de l’État social et à la dégradation de leur condition de santé. Car à la malbouffe et à la pollution s’ajoute une organisation du travail délétère pour les classes populaires, exposées à la précarité, à la faiblesse des salaires, à la perte de droits acquis qui contribuaient à rendre acceptable la condition salariale. Enfin, à ces deux formes d’insécurité, dans certains quartiers, l’augmentation de la criminalité, qui est une réponse dramatique à une organisation du travail qui fabrique un volant croissant de chômeurs/ses, exposent leurs habitant-e-s à une insécurité civile croissante.

C’est pour toutes ces raisons qu’il n’existe pas d’écologie politique qui ne soit pas aussi sociale. A moins de proposer une « écologie capitaliste » absolument contradictoire avec les principes fondamentalement humanistes de l’écologie politique.

Bénédicte Monville-De Cecco

(le mercredi 4 février 2015)

1 Lesquelles constituaient des systèmes de protection-suggestion à travers la participation à des groupes d’appartenance.

2 À titre de comparaison, les Yvelines arrivent juste après avec 88 649 hectares en 2012 soit quatre fois moins. Toutes ces données sont disponibles sur le site de INSEE.

Débat d’orientation budgétaire du 12 février 2015 – déclaration de politique générale de Bénédicte Monville-De Cecco

Dans votre paragraphe de conclusion à votre introduction au contexte économique et social, vous écrivez :

« Par conséquent, la situation économique décrite impose la poursuite de la stratégie pour atteindre un déficit conforme au programme européen de stabilité, tout en agissant sur l’emploi pour réduire le taux de chômage, sur la croissance et la compétitivité des entreprises pour accroître la demande interne et les exportations »

Voilà un bel exemple d’aplatissement sur la pensée unique neo-libérale/T.I.N.A. (There Is No Alternative) acceptée aussi bien par la droite que par le Gouvernement socialiste. Cette stratégie n’est évidemment pas la seule possible tant au niveau national que local. Ce « nouveau paradigme » comme certains l’appellent, alors même qu’il commence il y a plus de trente ans avec le néolibéralisme de Tatcher et Reagan, n’est pas le nôtre ! Il répond aux exigences démesurées des actionnaires des grandes entreprises, non pas aux nécessitées vitales de l’humanité et de notre société !La dette souveraine française est en soi soutenable, la France grâce à sa richesse publique et privée peut la rembourser. La dette publique n’augmente que parce que l’État et les collectivités sont obligés de se financer auprès des banques privées sur le marché secondaire et de se soumettre à la spéculation financière. Dès lors, l’Etat et les collectivités locales paient des intérêts importants. Et à Melun, nous en savons quelque chose, entre emprunts toxiques indexés sur le Franc Suisse et un taux d’intérêt moyen très élevé de 5,02%. Ceci alors même que ces banques privées empruntent auprès de la Banque Centrales Européenne à un taux proche de Zéro.La cause principale de cette situation est lié au fait que la France a signé tous les traités européens depuis Maastricht, y compris le dernier, le plus contraignant, le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance, dit « Fiscal Compact » ou « Règle d’or » (TSCG) par Francois Hollande en 2012. Malgré ses promesses électorales Francois Hollande et sa majorité n’ont rien renégocié sur ces traités qui imposent les politiques d’austérité aux États européens.

Les conséquences sont sous les yeux de tous. Les politiques d’austérité des gouvernements successifs de l’UMP et du PS ont fait augmenter la dette publique française de 65% du PIB en 2007 à presque 100% aujourd’hui. Dans le même temps les gouvernements de Sarkozy et Hollande imposaient des coupes budgétaires importantes dans les services publics et aux collectivité territoriales. Par la même occasion, ces mêmes gouvernements UMP et PS en ont profité pour attaquer les droits des travailleurs et les acquis sociaux, en conduisant le pays vers l’horizon illusoire de « l’autorégulation des marchés » et libéralisme économique qui affaiblit et isole les travailleurs, augmente les disparités sociales et qui finalement ne bénéficie qu’aux actionnaires des grandes entreprises qui ne cessent de s’enrichir. En 2014, les entreprises du CAC40 ont versé 56 Milliards de dividendes à leurs actionnaires ! Alors que la loi de finance 2015 du gouvernement Valls-Hollande, votée aussi par une majorité des députés socialistes dits « frondeurs », prévoit 50 Milliards d’économies sur le budget de l’État pour la période 2015-2017 !

Il faut être très clairs, la continuité idéologique entre l’UMP et le PS est evidente, de la reforme des retraites dite « Fillon » à la loi « Macron » en passant par le CICE.

C’est malheureusement une des principales causes de la progression du vote populiste et du repli nationaliste et identitaire, en France comme en Europe. L’appauvrissement, la violence sociale et la perte d’espoir ont toujours porté à des dérives autoritaires.

Une autre vision des choses est bien sur possible, une alternative et une réponse populaire non nationaliste et non populiste existe. L’exemple du nouveau gouvernement de Syriza en Grèce, porté au pouvoir par le peuple grec le montre bien. Il est possible et même nécéssaire de renverser la vision dogmatique imposée par les traités européens.

C’est pour ça que nous jugeons inacceptable de justifier les coupes au budget de la ville de Melun et une prochaine augmentation des impôts locaux, par ce préambule totalement idéologique présenté comme une fatalité. Cette situation de crise n’est pas un problème comptable et économique elle est le résultat d’un choix politique et exprime surtout une crise des idées.

C’est pour cela que, conformément à notre vision politique générale et à notre plateforme présentée aux Melunais qui nous ont élu-e-s, nous tenons à dire qu’aussi bien au niveau local que global, une alternative à gauche est possible. C’est même la seule voie de sortie à la crise politique actuelle qui soit à la fois démocratique et socialement juste. Et nous, élu-e-s de la liste BIEN VIVRE À MELUN, sommes ici pour la défendre.

Voeu pour la commémoration de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions

EsclavesLors du conseil municipal du jeudi 26 juin 2014, Mme. Bénédicte Monville-De Cecco et M. Claude Bourquart, conseillers municipaux d’opposition (Bien Vivre à Melun, EELV-PG), ont présenté au maire de Melun M. Gérard Millet et à l’ensemble du conseil municipal le voeu qu’ils souhaitaient soumettre au conseil municipal de Melun en faveur de la commémoration par la ville de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions dans le cadre de la journée nationale de commémoration du 10 mai.

À l’issu de la lecture du texte que vous trouverez ci-dessous, le maire de Melun a déclaré qu’il n’entendait pas soumettre ce voeu au conseil et que la ville de Melun ne s’associerait pas à la journée nationale de commémoration de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.

Nous remercions les conseillers municipaux qui nous ont apporté leur soutien et, en premier lieu, l’opposition socialiste et communiste.

« Au dernier conseil municipal nous vous demandions pourquoi la municipalité n’avait rien organisé à l’occasion du 10 mai 2014 dans le cadre de la journée nationale de commémoration de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. « Cette commémoration n’est ni un acte de contrition, ni un geste de repentance et encore moins un acte d’accusation. Elle se veut comme un moment où la République et la Nation regardent leur histoire. » (F. Régent, voir ci dessous). En l’occurrence ici, celle de la traite, telle qu’elle fut pratiquée par l’Etat monarchique et des entreprises françaises, entre la France, l’Afrique et les Amériques du tout début du 17ème siècle au début du 19ème siècle et de l’esclavage tel qu’il fut pratiqué dans les colonies françaises de 1625 à 1848. Il ne s’agit pas de désigner des coupables ou des victimes mais d’interroger sans concession ni accablement une période historique à la fois longue et récente, et qui fut décisive dans la construction de notre société moderne. Voyez-vous si mon arrière-arrière-grand-mère, affranchie à l’âge de douze ans, fut une de ces 4 millions d’êtres humains réduits en esclavage aux Antilles, cette histoire n’est pas seulement mon histoire. Et, à l’instar de millions de femmes et d’hommes dans notre pays si une part de mes ancêtres étaient esclaves, d’autres étaient esclavagistes et d’autres encore étaient des paysans, auvergnats en l’occurrence. Cette histoire est bien celle de la société française tout entière, de la manière dont elle s’est constituée. C’est une histoire complexe et essentielle pour qui veut comprendre notre société moderne. Commémorer cette histoire est une occasion de la faire sortir des réductions manichéennes où elle est si souvent confinée.

Il n’est pas nécessaire que la ville dépense trop d’argent mais plutôt qu’elle organise, en associant éventuellement sa population, un événement culturel qui participe d’une meilleure connaissance et d’une meilleure compréhension de notre pays et des problèmes non plus cette fois passés que nous rencontrons mais actuels et qui sont intimement liés à cette histoire là.

En 1955, Aimé Césaire écrivait en ouverture de son discours sur le colonialisme (je cite): « Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente./ Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte./ Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. » (fin de citation)

Notre première constitution, adoptée par la République française en 1793, faisait de l’abolition de l’esclavage et de la servitude un principe républicain. C’est aussi ce principe qu’une telle commémoration a vocation à réaffirmer contre toutes les servitudes et contre tous les esclavages modernes. L’héritage intellectuel de la Révolution et de la République française nous invite à cette exigence.

Par conséquent, nous formons le voeu qu’à partir du 10 mai 2015, la ville de Melun s’associera à la journée nationale de commémoration de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. »

Bénédicte Monville-De Cecco

Je reproduis ci-dessous, avec son aimable autorisation, un extrait d’un texte de Monsieur Frédéric Régent, maître de conférence en histoire moderne à l’université Paris 1 et membre du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage et qui vous donnera quelques éléments de contexte supplémentaires. Je remercie chaleureusement Monsieur Régent.

« (…)

Cette commémoration n’est ni un acte de contrition, ni un geste de repentance et encore moins un acte d’accusation. Elle se veut comme un moment où la République et la Nation regardent leur histoire. L’esclavage pratiqué dans les colonies françaises de 1625 à 1848 appartient à l’histoire de France. Ce ne sont ni l’Occident, ni l’Afrique et encore moins la Nation ou la République qui sont responsables de l’esclavage, mais des hommes avides d’enrichissement et de pouvoir. D’ailleurs l’historien ne réfléchit pas en termes de coupables et de victimes, mais tente d’expliquer les phénomènes historiques. L’historien n’est pas le juge du passé. Il faut d’ailleurs bannir toute idée de tribunal de l’histoire.

C’est donc la quête de richesse et de puissance qui a conduit des élites à pratiquer l’esclavage au cours de l’histoire. Il s’agit de se souvenir que certaines fortunes se sont fondées sur le système de la plantation esclavagiste et du commerce de denrées produites par des millions d’esclaves. Il s’agit de se rappeler qu’à deux reprises, des Républicains ont aboli l’esclavage. Il faut également avoir en mémoire que l’abolition de l’esclavage et de la servitude est un principe républicain inscrit dès la première constitution républicaine qu’ait connue la France, adoptée en 1793. Si l’application de ce principe fût différée d’un an, c’est en raison de l’activisme des lobbys défendant les intérêts des négociants des ports et des propriétaires des plantations.

En 1794, la première abolition de l’esclavage fut célébrée dans 35 communes, 683 messages de remerciements furent envoyés à la Convention pour la féliciter de l’adoption de l’abolition de l’esclavage. Dès cette époque, des hommes et des femmes ont senti la nécessité de commémorer cette décision. Commémorer l’abolition de l’esclavage, c’est donc s’inscrire dans les pas de ces femmes et de ces hommes, qui il y a 210 ans ont célébré l’abolition de l’esclavage, ont célébré les esclaves qui ont lutté pour la victoire de la République à Saint-Domingue et en Guadeloupe. Les partisans du rétablissement de l’esclavage étaient hostiles à ces célébrations. Ils ont d’ailleurs profiter de la liquidation de l’héritage républicain par Napoléon Bonaparte pour rétablir l’esclavage, en 1802.

Il faut se rappeler qu’en 1848, l’une des premières mesures de la Seconde république a été d’abolir l’esclavage de le considérer comme un « crime de lèse-humanité ». Le fait de posséder un esclave a alors été considéré comme un crime tellement grave qu’il entraînait la déchéance de la nationalité française, peine qui n’était prévue pour aucun autre crime, même celui de haute trahison.

Commémorer le 10 mai, c’est se souvenir de l’histoire de quatre millions d’enfants, femmes et hommes qui ont subi l’esclavage dans une colonie du royaume de France, mais qui sont aussi les ancêtres de millions de Français, vivant en outre-mer ou dans l’hexagone.

Commémorer, c’est refuser la simplification et l’amalgame.

Commémorer, c’est refuser tout discours global de culpabilisation ou de victimisation.

(…)

Commémorer est le premier acte de lutte contre l’esclavage moderne. »

(Frédéric Régent, Maître de conférences en Histoire Moderne, Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, Institut d’Histoire de la Révolution Française, Membre du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage)

Et pour ceux qui voudraient poursuivre :

http://www.herodote.net/Des_origines_au_XXe_siecle-synthese-13.php