Mois: janvier 2015

Nous saluons la victoire de Syriza en Grèce : «Η ελπίδα έρχεται» – «L’espoir est en marche»

DSCN2081par Bénédicte Monville

La victoire de Syriza en Grèce constitue un désaveu pour les partis de gouvernement qui à droite comme au parti socialiste (hormis sa composante frondeuse), représentent les deux faces d’un même système politico-économique néolibéral et capitaliste, un système qui se reproduit grâce à la complicité des élites politiques avec le pouvoir du capital et à l’orchestration systématique de la division des citoyen-ne-s. Déjà les socialistes en France, Jean-Christophe Cambadélis en tête, tentent de monter dans un train qu’ils ont cherché jusqu’au bout à faire dérailler avec une particulière obstination. Il ne faudra pas oublier de le leur rappeler.

Retour sur la complicité des élites politiques avec le pouvoir du capital

La crise de 1929 et de la Grande Dépression qui s’en était suivie avaient abouti en Europe et aux États-Unis à la mise en place de politiques de régulation économique qui visaient à limiter l’accumulation de richesses économiques de la part des classes possédantes et à réduire les inégalités (augmentation du taux de l’impôt sur le revenu, limitation de l’écart entre les salaires du patronat et ceux des ouvriers). Les élites économiques et financières, responsables du désastre économique des années 1930, n’avaient eu d’autre choix que d’accepter la mise en place de l’État providence.
La fin des années 1970 rompt avec ce contrat social et marque le début du démantèlement de l’État providence. La révolution anti-fiscale menée par les classes possédantes aboutit à la baisse des prélèvements obligatoires sur les classes les plus aisées et prive l’État d’une partie substantielle de ses recettes à travers la déréglementation et la défiscalisation : l’impôt sur les sociétés est considérablement diminué, les revenus du capital sont défiscalisés, les cotisations sociales sont continuellement baissées, les taux marginaux de l’impôt sur le revenu sont revus systématiquement à la baisse, des mesures auxquelles s’ajoutent des exemptions d’impôts en tout genre. Par conséquent, l’État néolibéral prive la majorité prolétaire des seuls instruments redistributifs qui permettaient, en régime capitaliste, de limiter l’hégémonie du capital. Et, la classe dirigeante, acquise aux intérêts des possédants peut alors sans peine présenter ses politiques de révision générale des politiques publiques1 – réduction du nombre de fonctionnaires, dégradation des services publics, remise en cause du droit à la retraite et à la santé – comme la seule solution possible pour lutter contre le déficit que seule sa satisfaction des revendications des puissants aura créé.
Si, en France, le taux des prélèvements obligatoires n’a pas baissé, la répartition de l’effort fiscal entre les groupes sociaux a été considérablement modifiée. Le taux d’imposition des plus riches a considérablement diminué quand, proportionnellement, le taux d’imposition des travailleurs-ses n’a cessé d’augmenter. C’est que les mouvements sociaux successifs ont empêché l’État français de couper drastiquement dans la dépense publique. Autrement dit, déficit et dette publique sont le résultat de politiques antagonistes : satisfaire les revendications des possédants sans enclencher une trop grande colère populaire.
À partir des années 1980, les déficits chroniques des États européens vont être aggravés par une croissance moindre et fin 2007 par la crise financière des banques privées que les États vont sauver au détriment des services à leurs populations. Les dettes des Etats européens explosent.
En 2007, la dette de la France représente 64,4% du PIB, soit 1216 milliards d’€. En 2013, elle représente 93,5% du PIB soit 1925 milliards d’€. La France paie aujourd’hui 45 milliards d’€ d’intérêts par an sur sa dette, soit l’équivalent du budget annuel de l’Éducation Nationale, le plus gros budget de l’État. Non seulement les politiques dites « d’ajustement structurel », qui ne visent qu’à réduire les dépenses publiques pour mieux satisfaire les intérêts des classes possédantes, ne règlent rien mais les appétits spéculatifs des dominants ayant fait la preuve de leur insatiabilité, elles creusent les déficits et accélèrent l’appauvrissement de la majorité des citoyen-ne-s européens.

Que c’est-il passé en Grèce hier ?

Le peuple grec en votant Syriza a mis fin, en principe, à la déflation sociale. C’est-à-dire qu’il a refusé la fiction qu’on nous sert depuis des années selon laquelle la dette est le résultat de politiques publiques trop généreuses promptes à satisfaire des peuples européens fainéants et hédonistes. Le peuple grec vient de rappeler à toute l’Europe que la dette de nos États est d’abord un instrument de soumission des peuples européens et le résultat de la révolution conservatrice qui de la fin des années 1960 à aujourd’hui a accompagné le démantèlement de l’État social, l’enrichissement extraordinaire des classes possédantes et la croissance prodigieuse des inégalités. La nature a été traitée avec la même irresponsabilité de la part de nos gouvernants ; réduite à servir les intérêts des puissants, sa destruction avancée constitue une menace supplémentaire pour tous les peuples.
Rappelons pour finir les conclusions du dernier rapport de l’Oxfam (20 janvier 2015) : « Près de la moitié des richesses mondiales est entre les mains des 1 % les plus riches, tandis que 99 % de la population mondiale se partagent l’autre moitié (…) les inégalités affectent la stabilité sociale au sein des pays et menacent la sécurité dans le monde. »
C’est bien cette funeste perspective que les Grecs ont refusé hier. Et nous les soutenons.